Les Chroniques de VJC

5 novembre 1956...Le 2e RPC saute sur Port Said !

La crise du canal de Suez, aussi connue sous le nom de guerre de Suez, campagne de Suez ou opération Kadesh, est une guerre qui éclata en 1956 en territoire égyptien. Le conflit éclata entre l’Égypte et une alliance secrète, le protocole de Sèvres, formée par l’État d’Israël, la France et le Royaume-Uni, suite à la nationalisation unilatérale du canal de Suez par l’Égypte. Gamal Abd el-Nasser, arrivé à la tête de l'Égypte quatre ans plus tôt, rêve de moderniser son pays. Il veut commencer par construire un barrage à Assouan, en amont du Nil, pour régulariser le débit du fleuve, doubler ou tripler les surfaces irriguées du pays et fournir de l'énergie hydroélectrique. Nasser décide de se procurer l'argent en nationalisant le canal de Suez. Il prévoit d'indemniser les actionnaires de la Compagnie, essentiellement français et Britanniques. Il annonce sa décision à la radio... en l'accompagnant d'un mémorable éclat de rire. Pris de court, les Français et les Britanniques, qui perçoivent les droits de péage sur le canal, protestent mais hésitent sur la conduite à tenir...

Le canal de Suez, qui forme un raccourci entre la mer Rouge et la mer Méditerranée, est ouvert en 1869. Il a été financé par la France et le gouvernement égyptien. Le Royaume-Uni racheta ensuite la part de l’Égypte dans le canal. À l’indépendance de l’Inde, le poids stratégique du canal change : il n’est plus le point de passage capital entre le Royaume-Uni et son Empire. En revanche, le canal devient un point de passage stratégique pour le pétrole. Là-dessus se greffent des facteurs extérieurs : le socialiste Guy Mollet, chef du gouvernement français, reçoit le 4 août un télégramme de Robert Lacoste, un militant qu'il a nommé quelques mois plus tôt ministre résident en Algérie. Lacoste lui demande de punir Nasser, coupable d'héberger au Caire les chefs de la rébellion algérienne et dont la radio La voix des Arabes diffuse des messages séditieux.

Guy Mollet se rallie à l'idée d'une guerre préventive contre l'avis de Pierre Mendès France et du président de la République René Coty. Il est soutenu par le ministre de la Défense Maurice Bourgès-Maunoury mais aussi le ministre de la Justice, un certain François Mitterrand, qui plaide pour la «défense de la civilisation» contre un émule de Hitler ! De son côté, le jeune État d'Israël, fidèle allié de la France, manifeste le souhait d'une guerre préventive contre l'Égypte, soupçonnée de vouloir laver l'affront subi par les Arabes en 1948.Pendant ce temps, dans la discrétion, les militaires français et britanniques acheminent des troupes vers Chypre en toute hâte. A Paris, le président du Conseil Guy Mollet obtient un large accord du Parlement à une intervention militaire. À Londres, le Premier ministre conservateur Anthony Eden a plus de difficulté à rallier sa majorité à la perspective d'une guerre.

Le 29 octobre, Israël envahit la bande de Gaza et le Sinaï et atteint rapidement la zone du canal. Comme convenu lors de l’accord de Sèvres, le Royaume-Uni et la France proposent d’occuper la zone et de séparer les belligérants. Nasser, dont la décision de nationalisation du canal avait été accueillie avec enthousiasme par la population égyptienne, rejette la proposition et donne ainsi un prétexte aux forces européennes de s’allier à Israël pour reprendre le contrôle du canal et renverser le régime en place. Le 31 octobre, la France et le Royaume-Uni entament une vague de bombardements sur l’Égypte afin de forcer la réouverture du canal.

Le soir du 5 novembre, une partie du 2e régiment de parachutistes coloniaux français appuyé par des commandos du 11è Choc saute près de la ligne de chemin de fer bordant le canal au sud de Port Said, est envoyé sur l’aéroport Al-Gamil, prend le contrôle de la zone et établit un point sécurisé afin d’assurer l’arrivée des renforts aériens. Au matin du 6 novembre, les 40e et 42e bataillons de commandos des Royal Marines anglais investissent les plages en utilisant les barges de débarquement de la Seconde Guerre mondiale. Leur assaut est soutenu par les salves des navires de la Royal Navy et de la Marine nationale française postés au large et causant d’énormes dommages aux batteries de défenses égyptiennes. La ville de Port Saïd est touchée par de nombreux incendies et connaît à cette occasion d’importants dégâts.

Le 45e commando progresse dans les terres et marque une innovation dans le domaine militaire en faisant usage d’hélicoptères lors des assauts. Cependant, une partie d’entre eux est abattue par les batteries égyptiennes. D’autre part, le commando ainsi que les quartiers généraux subissent des pertes dues à un tir ami de la Royal Air Force. Les combats urbains menés lors de cette opération voient les forces alliées freinées par des tireurs embusqués égyptiens. Les habitants égyptiens, équipés d’armes automatiques et convaincus de l’arrivée de renforts russes, opposent une résistance aux forces européennes. Cependant, devant la rapidité de l’invasion et la suprématie aérienne des commandos, l’armée égyptienne se voit forcée de capituler. Les commandos prennent alors le contrôle du canal et se dirigent au sud vers Le Caire.

Le 6 novembre 1956, à minuit, prend fin l'expédition de Suez. Les parachutistes français et britanniques doivent cesser le feu quelques heures à peine après avoir sauté sur le canal et défait les troupes égyptiennes. Imposé par les Soviétiques et les Américains, ce cessez-le-feu sonne pour la France et la Grande-Bretagne la fin de l'ère coloniale et la fin de leur influence au Moyen-Orient. Il annonce aussi l'émergence du tiers monde et des pays arabes ainsi que l'intervention des États-Unis dans la politique moyen-orientale. 61 ans après, celle-ci est plus que jamais d'actualité. L'intervention franco-britannique aura duré en tout et pour tout 40 heures et se sera soldée par quelques centaines de morts dont douze Français et dix-neuf Britanniques. Anglais, Français et Israéliens retirent leurs troupes le 22 décembre...

Héritier des SAS formés en Grande-Bretagne, le 2e Bataillon colonial de commandos parachutistes est officiellement créé en 1947. Au cours de deux campagnes en Indochine (1947-1949, et 1950-1953), le 2e BCCP gagne, par sa conduite exemplaire au feu, 3 citations à l'ordre de l'Armée et la fourragère des TOE. Engagé en Afrique du Nord à partir de 1955, devenu 2e Régiment de Parachutistes Coloniaux (2e RPC), le régiment s'illustre notamment en dehors d'Algérie, dans deux opérations aéroportées majeures, à suez (Egypte) en 1956, et à Bizerte (Tunisie) en 1961. Dissous en métropole en 1962, le 2e RPIMa renaît à Madagascar en 1965 par changement d'appellation du 5e BPIMa. C'est le début de son aventure dans l'Océan Indien, qui le conduira de la base aérienne d'Ivata (près de Tananarive) à Saint Pïerre de la Réunion...ou il se trouve toujours, installé depuis 1973 à la Réunion, le 2e RPIMa, fidèle à sa devise " Ne pas subir ", est la seule formation possédant une capacité de projection parachutiste stationnée en permanence outre-mer.

Publié le 05/11/2017

© 2010 - 2017 Veterans Jobs Center - SARL GABIRO - Tous droits réservés - Réalisation GFX Studios