Les Chroniques de VJC

8 mai 1954 à 1h du matin, Dien Bien Phu n'existe plus !

Du 2 au 5 mai, 388 hommes du dernier bataillon de réserve parachutiste, le 1er BPC, sautent à Diên Biên Phu, à la demande du colonel de CASTRIES.Les grosses averses incessantes noient les assiégés et freinent les interventions aériennes. Mais le vieux dicton du maréchal Joffre : "Quand il pleut sur vous, il pleut également sur l'ennemi" reste valable. Les pilotes ont de plus en plus de mal à trouver et à reconnaître la DZ rétrécie et à repérer les balises. Ils sont par ailleurs soumis au feu continu des armes automatiques viets tirant de toutes les directions dès qu'un avion apparaît et les pilotes sont gênés par les obus éclairants, les projecteurs et les bengalores vietminh, leurs portes seront repérées, par leur faibles lumières...

Le 4 mai, ont lieu les derniers parachutages d'hommes : plus de 300 éléments du 1er BPC suivis, à l'aube du 6 mai, du tout dernier largage de 91 hommes de la même unité.

Le 5 mai, la garnison tire près de 4.000 obus sur les positions viets. Les tout derniers jours, en parallèle avec leur offensive généralisée, les viets intensifient leurs bombardements. Entrent en scène les fameuses orgues de Staline, aux impacts meurtriers en rafales, provoquant d'énormes dégâts dans les abris minés par les pluies. Leur effet moral est terrifiant. Ces lance-fusées à 6 tubes ont déjà fait leurs preuves pendant la guerre de 1939/1945 et permis aux soviétiques de faire des ravages dans les rangs allemands. L'effet de souffle des orgues de Staline est monstrueux. Diên Biên Phu disparaît dans des nuages de boue soulevée par les obus.

Dans le même temps, au centre de résistance Isabelle, à 6 Km au sud, la situation est aussi tragique. Les effets désastreux de la pluie qui inonde les tranchées et provoque reffondrement des abris, ajoutés aux bouleversements dévastateurs de l'artillerie vietminh qui a intensifié sa cadence de tir, ont transformé le point d'appui en magma boueux. Les fortifications explosées sont devenues un enchevêtrement de barbelés, de structures d'abris déchiquetés et d'épaves d'engins.Le 6 mai, a lieu le plus gros parachutage de ravitaillement de ces huit derniers jours : 196 tonnes larguées par 50 avions C-119 et C-47. Mais il arrive trop tard pour servir à quelque chose. Une grande partie du largage tombe en dehors du périmètre contrôlé par les français devenu très exigu. Les viets le récupèrent.Le temps clair du 6 mai permet une intervention massive de l'aviation : 47 bombardiers B-26, 18 Corsairs, 26 Bearcat, 16 Helldiver et 5 Privateer. Devant une telle armada, la DCA vietminh préfère rester discrète pour ne pas se faire repérer.Mais en fin d'après midi, avec la soudaineté d'un tremblement de terre, un rugissement emplit l'air et toute la garnison est secouée par une série d'explosions d'une intensité jamais atteinte. Toutes les armes vietminh se déchaînent. Tout le camp est en flammes. Les abris s'effondrent, les tranchées s'écroulent, la terre se soulève.

A 21 h 30, c'est l'attaque générale. Le camp riposte en faisant tirer tout ce qui reste d'armes, d'artillerie et de mortiers. Puis, c'est un court répit avant une reprise des tirs ennemis à 22 heures. Le centre Isabelle rend compte que tous ses obusiers, sauf un, ont été détruits. Il ne lui reste qu'un canon de 105 avec 2.000 coups. A 23 heures c'est l'apocalypse. Les vietminh tentent de faire sauter le PA Eliane 2 avec une charge de 1.000 Kg de TNT. glissée sous les défenses françaises par un tunnel de 47 mètres de longueur. Mais, l'explosion n'est que partielle. La résistance sur Eliane 2 est acharnée. Les actes d'héroïsme ne s'y comptent plus. Mais les viets s'infiltrent dans les tranchées boueuses et encerclent la position dont les éléments se replient sur Eliane 4. Le combat dure toute la nuit.

A l'aube du 7 mai, radieuse météorologiquement parlant, c'est le répit. Les positions françaises et vietminh sont entremêlées. Les PA Dominique et Eliane sont tombés. Les tranchées sont jonchées de cadavres et de blessés des deux camps. A 7 heures, les vietminh se rassemblent à découvert sur Eliane 1 pour un nouvel et sans doute dernier assaut. Au PC du colonel de CASTRIES promu général depuis peu c'est la résignation mais pas encore le désespoir.A 10 h du matin, les viets finissent d'investir les Eliane. Il n'y a plus, du côté français ni munitions, ni réserve d'hommes pour tenter un dernier sursaut. Tous les abris regorgent de blessés aussitôt capturés. Les valides sont faits prisonniers. Pratiquement, tout le secteur Est de la Nam-You est aux mains des viets.

Le Général COGNY adresse un dernier message au Général De CASTRIES, souhaitant qu'il n'y ait ni drapeau blanc, ni capitulation. "il faut laisser le feu mourir de lui-même pour ne pas abîmer ce qui a été fait" précise-t -il. L'ordre de cessez-le-feu tombe à 17 heures. Après destruction de tout le matériel et de tout le ravitaillement, le PC de Diên Biên Phu adresse son ultime message à Hanoi à 17 H 50: "On fait tout sauter. Adieu".Quelques minutes plus tard, les viets font irruption dans le PC du général de CASTRIES et occupent les tranchées environnantes. Un drapeau rouge à étoile d'or est planté sur le PC français. Diên Biên Phu est tombé mais n'a pas capitulé.

Pendant ce temps sur Isabelle, à 6 Kms au sud, on se bat encore. On entend le grondement de l'artillerie viet qui continue à pilonner la position dont le calvaire durera quelques heures de plus.Son responsable, le Lieutenant-colonel LALANDE hésite à tenter l'opération "Albatros" dont on lui a laissé l'initiative : une sortie en force vers le sud pour tenter de rallier les lignes françaises avec ce qui lui reste d'hommes valides. La sortie est tentée dans la nuit du 7 au 8 mai. Elle échoue de peu. La plupart des éléments qui la tentent sont interceptés. Seuls quelques isolés réussiront à franchir les lignes vietminh et à rallier des postes français au prix d'une marche harassante, qui durera des semaines à travers une jungle hostile occupée par les viets. Le 8 mai à 1h00 du matin, le PA Isabelle cesse le feu à son tour. Diên Biên Phu n'existe plus. Politiquement, c'est un désastre car cette victoire vietminh marque le début de la fin de l'empire colonial français.

Au lendemain de la chute de Diên Biên Phu, à la conférence de Genève, la France demandera un armistice. Pendant toute la bataille, un certain nombre d'actions destinées à dégager ou à évacuer Diên Biên Phu avaient été envisagées. Plusieurs colonnes cherchèrent en vain à rejoindre le camp retranché. Seuls les partisans continueront, et longtemps encore, la guérilla dans les montagnes. L'opération Condor, la colonne Godard (ou Crèvecœur, du nom du colonel commandant les forces laotiennes qui pilote cette opération), partie de Muong Saï au Laos en direction de Muong Khoua et de Diên Biên Phu pour porter assistance à la garnison assiégée. Il s’agit en fait d’une opération de diversion destinée à détourner du camp retranché les troupes du Viêt-minh. Après plusieurs semaines de marche harassante dans la jungle, la colonne, composée de plus de deux mille hommes, reçoit l’ordre de faire demi-tour alors qu’elle se trouve à quelques dizaines de kilomètres du camp retranché de Diên Biên Phu qui vient de tomber, le 7 mai 1954.

Les pertes françaises sont estimés à 1293 tués, 1694 disparus et 5234 bléssés. Des 11700 prisonniers, environ 7900 sont morts dans les camps du vietminh entre le 7 mai et le 2 septembre 1954. Le destin exact des 3013 prisonniers d'origine indochinoise reste toujours inconnu, il est probable qu'ils aient été systématiquement exécutés.

Le sacrifice de la vie est un sacrifice énorme. Il n'y en a qu'un qui soit plus terrible...Le sacrifice de l'honneur !

Publié le 07/05/2017

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